Blablacar et le covoiturage, un coup de volant sur le SEO

Nicolas Audemar
Nicolas Audemar
Travel & Wine lover, SEO embraced me in Barcelona from 2011. Lifelong learner, CRO, UX and cognitive bias fascinate me.

Alors que la locomotive web française, spécialisée dans le covoiturage, blablacar a annoncé à grand renfort de publicité télévisée que son offre s'étend aussi au partage de places de bus, analysons le SEO du service qui a séduit des centaines de milliers de conducteurs et passagers grâce à l'attrait écologique et économique que représente le partage de véhicules privés.

Structure de blablacar

L’une des premières choses à regarder lorsque l’on analyse un site est sa structure. C’est-à-dire ses sous-domaines et répertoires. Jetons un coup d’œil sur ces premiers :

Les sous-domaines (ou hôtes) de blablacar.fr et le changement d’indexation Mobile first.

On s’aperçoit que blablacar dispose d’un sous-domaine, réservé de longue date, aux dispositifs mobiles puisque ses utilisateurs ont l’habitude de le consulter via leur smartphone.

On sait que Google est passé à l’indexation mobile first et a donné depuis 2016 les consignes aux webmasters pour adapter leurs sites et que son déploiement a eu lieu en décembre 2018.

Cannibalisation d’URL

Tout porte à croire que Google lie deux contenus identiques et ne sait lequel privilégier. Pour le vérifier, nous pouvons utiliser l’outil de Changement d’URL :

cannibalisation version mobile et desktop site blablacar
De très nombreuses URL, mobile vs desktop, se font concurrence sur Blablacar.

En effet, si l’on prend, par exemple, l’URL « ride-sharing/bordeaux/nice/ » pour chacune des versions, on peut s’apercevoir qu’il y a un contenu dupliqué. En allant plus loin et en observant la balise « canonical » 1de chacune des pages, on observe aussi des balises similaires ne prenant en compte que le répertoire :

Dans ce cas, Google donne certaines instructions avec l’utilisation, à souhait, de la balise « alternate » et/ou « canonical ».

Changement de nom de domaine

Je dois avouer que je suis utilisateur de blablacar depuis des années. La première fois que je me suis inscrit, le site s’appelait encore covoiturage.fr. Point de départ de mon enquête.

Pour les non-initiés à la pratique du partage d’espace-auto ou les récents convertis, il faut savoir que le nom de domaine blablacar.fr n’est apparut qu’en 2015 suite à une migration de site réussi depuis l’ancien domaine covoiturage.fr

Migration de site suivie par Sistrix de covoiturage.fr à Blablacar.fr

Pour récupérer la visibilité initiale, il a fallu environ 7 semaines à Blablacar.

Rassemblement et redirection 301 de sites concurrents

Une des questions que l’on me pose, souvent, au sujet des migrations est la suivante :

Si j’achète des sites populaires sur la même thématique, puis les redirige vers mon domaine principal, mon site va-t-il bénéficier du total de la visibilité de ceux redirigés ?

La réponse à ce type de question est…ça dépend !

Domaines migrés vers la HomePage

Au moment de migrer covoiturage.fr, c’est en fait au moins 2 domaines qui ont pointé vers blablacar : carpooling.fr et covoiturage.fr. En théorie, cela devrait leur donner une visibilité de 4,6 points en additionnant les valeurs.

Et pourtant, blablacar poursuit une tendance similaire au fil des mois suivants.

Nous observons qu’au 27 juillet 2015, Carpooling perd bien sa visibilité et aussi ses mots-clefs dans les SERPs :

carpoolling.fr perd son référencement en SERP

Pour obtenir ce résultat, il suffit d’entrer les dates, avant et après la migration, dans la section « Changement Ranking« .

Bis repetita pour covoiturage.fr :

Perte de mots-clés covoiturage.fr

Deux faits intéressants apparaissent sur ce dernier site :

  • Les mots clefs blabla et autres versions ont été testés et référencés avant le lancement du nouveau nom de domaine.
  • De nombreuses URLs « géotargeted » sont référencées en première position dans le dossier /trajets/

Pour ces dernières, on peut s’attendre à ce que chacune d’entre elles trouvent son équivalent sur le domaine de destination.

Vérifions des 301 réalisées.

Grâce au mode Expert de l’Optimizer, nous constatons que l’ensemble des pages ont été redirigées vers la homepage de blablacar :

Redirection 301 covoiturage vers Blablacar

On peut le vérifier encore via Screaming Frog sur l’autre domaine (carpoolling.fr) aussi redirigé :

La décision de redirection a été prise de rediriger vers la racine du domaine. Matt Cutts suggérait dès 2011 de migrer vers le répertoire miroir.

Répartitions des mots-clés en SERP

Le défi de chaque SEO est d’obtenir le plus grand nombre de mot-clés sur la première page de Google. Pour Blablacar, au 17 février 2020, 3,33% de ses keywords (en mobile) sont en top 10.

Répartition des mots-clés en SERP de blablacar.fr

Avant la migration le site covoiturage.fr avait une proportion de mot-clés visibles plus importante avec jusqu’à 12% de ses mots clefs atteignant le top 10 du grand G.:

covoiturage.fr avait jusqu’à 12% de mots-clés en première page

D’autres passagers montent à bord

Sur le marché du partage de véhicules, une des caractéristiques est que le site doit atteindre une masse critique d’utilisateurs. Il faut qu’elle soit suffisante pour mettre en relation passagers et conducteurs en faisant coïncider horaires entre lieu de départ et de destination. D’où, l’enjeu de la visibilité pour prendre une portion du gâteau (ou dirait-on un siège dans la voiture 😉 ) avec les SERPs comme juges des efforts SEO de chacun.

Acteurs sur le mot clef principal

Le mot-clé principal sur ce marché est évidemment « covoiturage ». Il génère entre 100 000 et 250 000 recherches chaque mois en France.

Fort Volume, Blablacar est leader avec 2 résultats en top 10

Faisons un focus sur la visibilité d’un site web historique de ce marché.

En regardant les performances sur Google de Roulezmalin.com, on observe une progression permanente de sa visibilité :

Roulezmalin.com challenger du site de covoiturage blablacar.com

Roulezmalin.com utilise une structure URLs similaire au site migré covoiturage.fr :

Roulezmalin.com utilise en partie la même structure de répertoire que le site covoiturage.fr

Grâce à l’outil permettant de repérer les cannibalisations entre 2 dates, on s’aperçoit que cette stratégie a aussi été poursuivie après migration par blablacar avec le répertoire « trajet ».

Puis, en février 2018, il y a eu une migration de ce dossier vers un nouveau appellé « /ride-sharing » :

La migration de répertoire pour les villes chez blablacar : l’exemple d’Aix en Provence

Le résultat en est de même pour d’autres villes. L’exemple de Paris :

Migration de répertoire pour la ville de Paris chez blablacar.fr

Acteurs du covoiturage en France

Blablacar partage la SERP avec d’autres sites sur la même intention de recherche. Voici un petit comparatif des acteurs du covoiturage en France et leur tendance au fil des ans :

Les principaux acteurs du covoiturage en France

Concernant le site idvroom.com, il a également bénéficié d’au moins une migration. Il s’agit de celle de 123envoiture.com et va prochainement migrer vers klaxit.com

Voyons la migration passée de Idvroom et celle en cours vers klaxit :

Migration Idvroom

Blablacar perd son avance

Nous avons vu qu’il a fallu plus d’un an à Blablacar pour atteindre le même niveau de visibilité qu’il possédait en février 2015 et ce, malgré 2 migrations de site concurrent en sa faveur.

Maxime Legendre, déclarait lors du WeLoveSEO le 3 octobre 2019 à Paris :

Les 3 axes de la stratégie SEO […]La remise aux normes du SEO. Pendant un certain temps il n’y a pas eu de SEO en interne chez Blablacar. Donc il y a eu de la dérive.[…] On va tout remettre en place.

Maxime Legendre, SEO de Blablacar.

Il est important de maîtriser, lorsque l’on a un site mobile, le changement opéré via la fameuse indexation mobile first. Le duplicate content sur les 2 versions de son propre site peut être préjudiciable. Par ailleurs, il est à souligner que l’utilisation de l’application mobile n’est pas regardée en tant que telle bien qu’elle sollicite les données de la version mobile.

Lors d’une migration, les redirections sont l’une des variables les plus importantes à dominer. Travailler sur des méthodologies pré-migration et de suivi post-migration aide les SEOs à garder un œil sur leurs keywords en top 10.

On sait que Google tend à être l’interface entre l’utilisateur et le service. Comme il le fait, déjà, pour les billets d’avion et les hôtels, Google proposera-t-il bientôt de réserver sa place de covoiturage directement ?

Les acteurs du covoiturage y sont-ils préparés ?

En attendant, ce qui semble évident, au-delà du SEO, c’est qu’il est essentiel de créer une marque forte et de faire des choix stratégiques comme l’a fait avec succès HomeToGo face à AirBnB.

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Commentaires
Avatar Pierre Tabuteau   
20. février 2020, 20:34

Ca fait plaisir de voir un site qui retrouve 100% de son trafic après un changement de nom de domaine, car il ya beaucoup de cas, où le site n’arrive jamais (ou durement) à retrouver son trafic précédent.

Avatar Clement   
21. février 2020, 16:01

Superbe migration entre covoiturage.fr et blablacar.fr ! Il est très rare de voire une reconquête de trafic aussi rapide!

Avatar Occeo.com   
1. mars 2020, 17:54

Toujours de superbes articles, les graphiques sont claires et le tool pour voir les migrations est vraiment le grand atout de Sistrix.

Google se convertit complètement au Mobile First Index - SISTRIX   
6. mars 2020, 12:29

[…] et bureautique du même contenu, souvent en utilisant la solution m.dominio.tld (c’est le cas de blablacar). Soyons clairs : c’est la mauvaise manière de procéder, elle entraînera inévitablement […]

Canal Plus vs Netflix, la visibilité au-delà de la popularité - SISTRIX   
19. mars 2020, 05:30

[…] Nous avons vu que Canal Plus a subi 3 migrations majeures. Sur chaque migration, il y a eu perte de visibilité. Un transfert de domaine doit être exécuté à la perfection pour éviter la perte de mots-clefs et la cannibalisation d’URL. Lorsqu’il y a une migration, il est essentiel de prendre soin des redirections 301 d’URL comme on l’a vu dans l’étude de cas SEO Blablacar. […]

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